Nos actus
René Penning a suivi l’évolution de la Kulturfabrik (Kufa) de très près: il fréquentait cet ancien abattoir d’Esch-sur-Alzette dans les années 90’, quand les artistes locaux ont commencé à se l’approprier. Lorsque le site devient un centre culturel, il prend le rôle de programmateur musical, puis de directeur administratif et enfin de directeur à part entière. Au fil des années et des spectacles, la Kufa fait évoluer ses pratiques en matière de durabilité et d’inclusion – dans les limites qu’impose un lieu qui ne s’était imaginé telle vocation à sa construction, en 1886.

Au sein de la Kulturfabrik, avez-vous élaboré une charte ou des lignes directrices concernant l’écoresponsabilité?
Oui, la Kufa dispose d’une charte environnementale depuis 2014.
Tout a commencé avec les gobelets. En 2012/2013, la Ville de Luxembourg nous a proposé de récupérer les gobelets lavables dans lesquels elle a investi en 2007 lorsque Luxembourg était capitale européenne de la culture.
Nous nous sommes équipés d’un lave-vaisselle professionnel, installé directement au niveau du comptoir, et nous sommes devenus l’une des premières institutions culturelles du Luxembourg à utiliser des gobelets réutilisables. Et finalement, ces gobelets ont été l’étincelle pour d’autres projets.

«Il y a 10-15 ans, il était encore tout à fait normal d’avoir des gobelets en plastique jetable sur les concerts. Quand on recevait 500 ou 1.000 personnes, nous avions alors une masse de déchets à gérer.»
René Penning, directeur de la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette
Qui vous a accompagnés dans la création de cette charte?
L’Oekozenter nous a aidés à faire un inventaire de toutes nos actions: la consommation dans les salles et en backstage, l’utilisation de l’eau, la communication, les produits… Sur base de cette liste, nous avons réfléchi aux actions que nous pouvions mettre en place à court, moyen et long terme. L’Oekozenter s’est inspiré de ce travail pour créer le label Green Events avec la SuperDrecksKëscht et le ministère de l’Environnement.
Cette charte est destinée à l’équipe en interne, et elle est aussi consultable sur notre site internet. Nous veillons à nous y tenir autant que possible.
Le public adhère-t-il à ces choix?
Je dirais que notre public est attaché à nos valeurs et comprend nos décisions, donc oui, absolument! Quand on entre sur le site, on sent qu’il a une âme, une histoire, des responsabilités. Les visiteurs respectent cela.
Quelques exemples de bonnes pratiques de la Kufa:
- Huit urinoirs sans eau dans la salle de concert et au Ratelach (café)
- Fontaines à eau en backstage et, depuis décembre 2025, fontaine à eau dans la salle de concert
- Produits écologiques pour le nettoyage
- Un centre de recyclage et des poubelles de tri à travers le site
- Cendriers MEGO pour que les mégots de cigarettes soient collectés et revalorisés
- Valorisation des circuits courts (bière Simon, vin biologique de Sunnen-Hoffmann, jus de pomme Ramborn, eau Rosport, sodas allemands, etc.) et des produits du commerce équitable.
- Abandon des petits emballages
- Contenants réutilisables et lavables pour les boissons
Ces dernières années, la Kufa a-t-elle mis en place de nouvelles démarches écologiques ou inclusives?
Ces derniers temps, je dois bien admettre que les priorités étaient un peu ailleurs et certais bons réflexes ont pu se perdre. Nous souhaitons maintenant faire une réévaluation de nos pratiques et nous remettre en question. Ce travail se fait notamment avec Céline Schall de la Ville d’Esch et d’eLo. Ce qui manque, c’est une personne qui nous accompagne sur ces sujets. Nous sommes à la recherche d’un prestataire de services, mais ce n’est pas facile à trouver.
L’action la plus marquante de ces dernières années est le changement des thermostats, qui venait surtout en réponse à la hausse des prix de l’énergie pendant la crise du Covid. En continuant à consommer comme en 2019, nous allions doubler, voire tripler nos dépenses. En changeant les thermostats et en chargeant le service d’entretien de leurs réglages – en fonction des températures extérieures et de l’occupation des salles -, nous avons coupé la consommation en deux, ce qui a permis à l’époque de stabiliser les dépenses énergétiques. Aujourd’hui, nous faisons de réelles économies grâce à cela.
«Le problème, c’est que notre activité, c’est l’activité artistique. Et tout ce qu’on fait à côté, comme se remettre en question, cela demande du temps dont on ne dispose pas toujours. »
René Penning, directeur de la Kufa
Quels sont les points sur lesquels vous aimeriez encore progresser?
Nous essayons d’avoir une communication responsable. Nous avons fortement réduit le papier, mais nous ne connaissons pas réellement l’impact de la communication digitale. Nous envisageons la refonte du site web pour qu’il soit écoresponsable.
Les prestataires et associations qui travaillent avec nous sont régulièrement sensibilisés à notre charte, pour qu’ils y adhèrent autant que possible. La production de déchets des foodtrucks et associations reste un problème en raison des emballages de nourriture. Nous leur rappelons notamment que la commune met à leur disposition de la vaisselle réutilisable et du matériel de lavage pour leurs événements.
Nous avons peu d’espaces verts, mais nous traitons ces petites parcelles de manière responsable, en créant un tout petit écosystème. Et c’est un lieu qui vit! Beaucoup d’oiseaux viennent créer leur nid, beaucoup d’abeilles viennent aussi. L’installation de ruches pourrait être envisagée !
Et des points sur lesquels il est plus difficile d’apporter du changement?
La mobilité, tant des équipes que des publics, est pour moi le plus grand défi.
- Équipes
Actuellement, au moins la moitié de notre équipe est composée de frontaliers. Nous avons absolument besoin de ces personnes, car c’est une main-d’œuvre qui n’existe presque plus dans notre pays.
Et donc toutes ces personnes, qui viennent parfois de Thionville, voire de Metz, peuvent faire 1h30 de trajet pour arriver ici. Sur une semaine, elles perdent jusqu’à 15h sur la route. Pour moi, c’est une atteinte au bien-être des personnes. Je trouve que notre pays a complètement échoué concernant la mobilité des frontaliers et qu’il a une attitude assez hautaine envers cette main-d’œuvre pourtant essentielle.
Nous essayons de trouver des solutions, à notre échelle. Il y a le télétravail, bien entendu.
On se pose aussi la question de décaler les horaires pour que les travailleurs ne se retrouvent pas dans les bouchons. Certains covoiturent quand c’est possible. Nous réfléchissons à contribuer à des abonnements à une salle de sport pour que les frontaliers y aillent avant de rentrer, et qu’ils aient moins de trafic ensuite. Ce sont des solutions pour certains, mais pas pour ceux qui ont une vie de famille qui les attend.
- Public
Au niveau du public, les gens viennent de partout. Certains font même le déplacement en avion pour assister à un concert. Les spectateurs peuvent venir de loin en voiture aussi et rouler entre 50 et 150 km, par exemple quand un artiste allemand ou français se produit ici et attire des fans de la Grande Région. Heureusement, dans ce cadre, il y a plus de covoiturage, peut-être 2,5 personnes par voiture.
Un grand projet en cours: la rénovation des bâtiments de la Kufa
La Kufa occupe des bâtiments appartenant à la Ville d’Esch. Cet ancien abattoir n’a jamais été rénové en profondeur, que ce soit au niveau des usages ou de l’isolation thermique et sonore. Un avant-projet sommaire est en cours avec les architectes du bureau Jim Clemes et de la Ville d’Esch. Les travaux devraient commencer fin 2027.

Quelques exemples de changements prévus lors de cette rénovation :
- Optimisation du bâtiment pour une meilleure isolation thermique et acoustique
- Accessibilité de tous les espaces du site aux personnes à mobilité réduite (jusqu’à présent uniquement le RDC)
- Augmentation des espaces de stockage
- Adaptation des locaux dédiés aux artistes en résidence
- Ouverture de la Kufa sur l’arrière. Une connexion avec le nouvel écoquartier Metzeschmelz sera permise et le site ne se trouvera plus dans une enclave. Il se situera alors sur un axe de passage emprunté pour cheminer des nouveaux quartiers à la vieille ville. La Kufa sera accessible à pied au nouvel arrêt de train et tram.
«L’écologie va plus loin: on doit être capable de rendre ce bâtiment aussi autonome que possible.»
René Penning, directeur de la Kufa
Par exemple:
- devenir le plus indépendant possible du gaz, grâce à des panneaux photovoltaïques et des toitures végétalisées
- utiliser des matériaux de réemploi pour la rénovation de certaines parties du bâtiment
- avoir recours à l’eau de pluie pour les sanitaires
Plus d’infos sur la rénovation sur le site de la Kulturfabrik.
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