La Boîte à outils
Dans cette fiche, on parle de « diversité capacitaire », expression québecoise qui désigne des personnes aux identités multiples (des personnes Sourdes, en situation de handicap moteur, neurodiverses…) sans les assigner d’emblée à la question du « handicap » (Leduc, Sendy-Loo, 2024).
Dans le champ culturel, même si :
- des lois existent des deux côtés de la frontière pour favoriser leur pleine participation ;
- des associations de bénéficiaires sont actives un peu partout ;
- les acteur⋅rices du monde culturel s’intéressent avec sincérité à la question de l’inclusion ;
- des technologies et des dispositifs se multiplient un peu partout dans le secteur culturel…
Force est de constater que les publics, les artistes et les personnels de la diversité capacitaire sont encore peu présent⋅es dans le secteur ! Le secteur culturel reste relativement peu accessible et encore moins inclusif (voire définitions dans La Boite à outil de Dédé).
La transition socioécologique vise une pleine participation de toute la diversité capacitaire dans le secteur culturel. Mais le problème est complexe : il ne suffit pas de mettre à disposition des outils tout faits pour que les personnes participent !
14,6% de la population au Luxembourg et entre 12 et 14% de la population en France seraient « en situation de handicap ». C’est environ 1 personne sur 7. 15% des personnes « handicapées » le sont de naissance ou avant leur 16 ans, ce qui signifie que 85% des handicaps surviennent au cours de la vie. 1 personne sur 2 en moyenne sera en situation de handicap au cours de sa vie, de manière temporaire ou durable. Enfin, 80% des handicaps sont invisibles.
On peut distinguer plusieurs familles de handicap :
- handicap moteur
- handicap psychique
- handicap mental ou déficience intellectuelle
- troubles cognitifs et troubles du neurodéveloppement
- déficiences sensorielles (vue et audition)
- maladies chroniques évolutives ou invalidantes / troubles de santé invalidant
Le Statec estime en 2024 qu’au Luxembourg :
- environ 8,7 à 8,9 % de la population est concernée par la malvoyance ;
- environ 3,9 % de la population a une mobilité réduite ;
- environ 2,5 % de la population est concernée par des troubles de l’audition (malentendance, surdité).
En France, la répartition estimée est différente, mais souvent parce que la définition ou la méthode de recensement des situations varie. 14 % des personnes de 15 ans ou plus (vivant à domicile et non en institut) en France, soit 7,6 millions de personnes, sont handicapées, que ce soit au titre d’une limitation sensorielle, physique ou cognitive sévère, ou bien au titre d’une forte restriction plus globale dans les activités de la vie quotidienne.
- 8 % des personnes de 15 ans ou plus ont une limitation physique sévère ;
- 5 % une limitation sensorielle sévère ;
- 4 % une limitation cognitive sévère.
L’âge augmentant, ces limitations se font plus fréquentes :
- 25 % des 60 ans ou plus sont concernés ;
- Parmi les 75 ans ou plus, 5 % cumulent les trois types de limitation, contre moins de 0,5 % des personnes de 15 à 74 ans.
Au Luxembourg, le taux de chômage serait 6 fois supérieur pour les personnes en situation de handicap, par rapport à la population générale. En France, en 2023, le taux de chômage de la population active handicapée était de 12% contre 7 % dans l’ensemble de la population.
Par ailleurs, au Luxembourg et en France, les politiques publiques ont progressé sur l’accès aux bâtiments, mais l’exercice complet des droits culturels reste compliqué. La participation à la création artistique, l’information et la médiation culturelle ainsi que la participation active des personnes à la création culturelle ou encore la visibilité des artistes de la diversité capacitaire restent des défis importants (voir ici pour la France ou ici au Luxembourg).
Pour améliorer la participation des personnes de la diversité capacitaire dans votre structure, les angles d’attaque sont pluriels. Ils ne peuvent pas se résumer à la mise en place d’un dispositif ou d’une technologie seule. Il faut penser à :
- l’ensemble de l’expérience culturelle (avant, pendant et après mais aussi des points de vue spatial, émotionnel et cognitif) ;
- ainsi qu’à l’ensemble des publics, des artistes et des personnels.
Pour être efficace, votre action peut être structurée autour de ces grandes étapes :
- Faire un état des lieux.
- Lancer les actions possibles.
- Communiquer dessus, en interne comme en externe, mais surtout auprès des personnes concernées.
- Évaluer les actions.
Cette fiche a été réalisée par eLo avec Maud Dupuis-Caillot, de Polymorphe Design.
Si vous ne deviez faire que quatre choses…
- Former les personnels à la complexité de la question… et à la richesse des solutions !
- Travailler l’accessibilité en amont de vos projets et pas tout à la fin.
- Repérer les associations et partenaires du secteur médicosocial de votre secteur et faire des outils de médiation « avec » et non « pour » les publics à besoins spécifiques.
- Communiquer en pensant à toute la « chaine d’inclusivité ».
La Tool Box eLo se compose de fiches qui recensent des pratiques vertueuses dans les principaux domaines d’activité des institutions culturelles du territoire.
Chaque action a deux niveaux de lecture : le niveau général et quand vous cliquez sur le petit triangle, les détails.
Ces fiches ont pour objectif de vous aider à élaborer un plan stratégique adapté à votre structure :
- Lisez, échangez : Parcourez les fiches et discutez-en en équipe afin d’évaluer leur pertinence dans votre contexte.
- Qualifiez chaque pratique : Pour chaque pratique proposée, indiquez son statut parmi les options suivantes : « déjà fait », « à faire », « reporté », « pas pour nous ».
- Générez votre mémo stratégique : Après avoir complété quelques informations complémentaires, vous pourrez générer un mémo pratique.
Il regroupera uniquement les actions que vous avez identifiées comme « à faire », c’est-à-dire celles que vous souhaitez engager à court terme.
>> Le bouton permettant de générer le PDF se trouve à la fin de la liste des actions.
Les leviers d’actions possibles
Faire un état des lieux
Avant toute chose, il est important de savoir d’où l’on part ! Cette étape est fondamentale et doit solliciter l’ensemble des équipes et collaborateur·ices de la structure (notamment les artistes et dans l’idéal, les publics concernés).
L’implication des équipes peut être progressive et différentiée selon les sujets abordés. Solliciter d’abord les personnes les plus volontaires permet de lancer un mouvement qui peut s’étendre peu à peu à toutes les équipes.
- Pour cela, vous pouvez utiliser le document d’autoévaluation réalisé par Signes de sens (voir § Une méthode pour aller plus loin). Ou bien, vous pouvez utiliser un questionnaire diagnostique disponible ici ou encore, le bilan d’accessibilité disponible dans la Boite à outils de Dédé.
- Les réponses récoltées lors de l’exercice précédent vont vous servir de base pour établir vos nouveaux objectifs en matière d’accessibilité (ils doivent toujours être « smart » : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporellement définis). Certaines actions pourront être rapides et peu onéreuses (exemple : ajouter un affichage à l’accueil), d’autres pourront être plus longues et/ou coûteuses (formation de l’ensemble du personnel y compris saisonniers annuellement, travaux du cadre bâti, création d’outils nécessitant la recherche de mécénat, ….). Un plan d’actions pluriannuel permet d’organiser ces objectifs.
- Côté luxembourgeois, vous pouvez solliciter l’accompagnement d’InfoHandicap et de son réseau Mosaïk – le réseau travaille d’ailleurs sur la mise en place d’un label de qualité pour 2027.
- Associer des personnes en situation de handicap à ce plan et tester les dispositifs avec des usager⋅ères réel⋅les et les associations du territoire. Vous pouvez aussi par exemple afficher un appel à manifestation d’intérêt au sein de votre structure, pour recueillir le retour de personnes de la diversité capacitaire, déjà publics !
Lancer ensuite des actions possibles. Dans cette fiche, les actions possibles sont classées par métier, car l’accessibilité et l’inclusion (voir définitions plus bas, dans la Boite à outil de Dédé) mobilisent plusieurs fonctions : direction, responsables bâtiments, personnes responsables des relations avec les publics, de la médiation ou de la communication…
Se former
La plupart des métiers devraient être formés à l’accueil de personnes variées. Une offre conséquente de formations généralistes ou spécialisées existe… Au Luxembourg, Infohandicap Mosaïk propose plusieurs types de formations, dont certaines spécifiquement pensées pour le secteur culturel.
Une formation plus spécifique pour des acteurs culturels qui souhaitent travailler avec des artistes en situation de handicap est en cours d’élaboration en 2026.
En France, on peut par exemple citer l’Agence culturelle Grand Est, Culture accessible ; Action handicap ; Accessitour ou Signes de sens
Former les personnels
Former l’ensemble du personnel (direction, accueil, communication, relations avec les publics, services techniques…) à l’utilité de l’élaboration d’une stratégie inclusive et à la prise en compte de différents types de handicaps.
Plusieurs acteurs proposent des formations dans la région (voir « Tous les métiers »).
Proposer de la documentation sur l’inclusion à disposition des artistes accueilli·es mais aussi aux personnels
(voir les ressources, les liens et la Boite à outil de DD sur cette page).
Lutter systématiquement contre le validisme dans les réunions ou dans les propos qui circulent dans l’institution (et pour cela… vous former vous-même à le reconnaitre !).
Le validisme désigne globalement un système d’oppression qui désavantage les personnes dites « handicapées » et privilégie les personnes valides. Il peut se manifester par un rejet franc (insultes, maltraitances, silenciation, stigmatisation, refus d’inclusion…) mais se cache aussi souvent sous des allures de « validisme bienveillant » (infantilisation, pitié, aide non-sollicitée…). (Voir à ce sujet, Véro Leduc et al., 2020, « Les pratiques artistiques des personnes sourdes ou handicapées au Canada », Ibid.).
Budget et orientations politiques
Allouer des budgets « investissement » et « fonctionnement » (maintenance, entretien) pour l’inclusion. Ces budgets peuvent concerner des actions concrètes ciblées exclusivement pour des publics à besoins spécifiques (exemple : langue des signes pour les publics Sourds).
Ces budgets doivent aussi apparaitre dans les projets « ordinaires », pour que l’inclusion ne soit pas réfléchie après coup, mais bien dès la conception de chaque projet (exemples : augmenter le nombre d’assises, améliorer l’éclairage, sous-titrer les audiovisuels, etc.).
Prioriser les actions inclusives dans les choix stratégiques et les calendriers.
Arbitrer entre contraintes techniques, artistiques et financières pour l’inclusion. Cela signifie par exemple maintenir un dispositif inclusif s’il est efficace, et ce même s’il est coûteux.
Faire du principe de l’inclusivité, un principe de fonctionnement global, systématique et assumé, et non une « case à cocher » avec un dispositif technique seulement. La rédaction d’une charte de l’accessibilité engageante permet de formaliser ce principe.
S’assurer que l’évaluation de la démarche est réalisée et assumer les échecs (au moins en interne !) (voir partie Évaluation).
Réfléchir à l’offre tarifaire pour la rendre la plus accessible possible et surtout, communiquer sur ces tarifs auprès des personnes qui pourraient en bénéficier… c’est-à-dire auprès de tous les publics, sachant que 80% des handicaps sont invisibles !
Proposer des tarifs préférentiels aux acteur⋅rices du secteur médicosocial et la gratuité pour les accompagnateur⋅rices de personnes de la diversité capacitaire qui en ont besoin.
Intégrer l’accessibilité à l’ADN de l’établissement
Encourager les équipes à l’implémentation du plan pour l’inclusion.
Faire du sujet de l’inclusion un point récurrent de vos réunions d’équipe, au même titre que la transition écologique (les deux sujets sont très liés).
Encourager la constitution d’une équipe chargée de l’inclusion avec si possible une personne de chaque équipe représentée dans ce groupe.
L’idée étant que l’inclusion soit le problème de tou⋅tes et non uniquement le problème du ou de la référent⋅e.
Donner pour mission à l’équipe de régler les difficultés quotidiennes, mais également de mettre en place une stratégie d’amélioration sur le long terme, sur plusieurs années si nécessaire.
Garantir que l’inclusion concerne tous les services et arbitrer pour l’inclusion en cas de tensions entre services.
Intégrer la diversité (notamment capacitaire) au sein de vos équipes actuelles et dès les recrutements
Inclure la connaissance ou au moins une sensibilité aux enjeux de l’inclusion comme critère de recrutement, au côté des enjeux de la transition socioécologique.
Ouvrir explicitement les postes proposés à la diversité capacitaire avec la mention « À compétences égales, la priorité sera donnée aux travailleur⋅ses en situation de handicap. »
Ce n’est pas grand-chose mais cela permet aux personnes concernées de se sentir « autorisées » à postuler !
Pendant l’entretien d’embauche ou l’installation de tout nouveau personnel, demander explicitement si ces personnes ont besoin d’aménagements spécifiques.
Ne pas oublier que 80% des handicaps sont invisibles et que les personnes peuvent choisir de ne pas partager leur état de santé avec l’employeur, tout en ayant besoin d’aménagements.
En France, La RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) est un statut administratif officiel qui permet d’adapter le travail et d’obtenir des aides spécifiques. Au Luxembourg, le statut de « salarié⋅e handicapé⋅e » est à demander auprès de la commission compétente via l’ADEM. Les situations individuelles évoluant, il est important de rappeler régulièrement aux collaborateur⋅rices déjà en place (affichage dans les salles de pause et/ou entretiens annuels) que leur poste peut être adapté.
Établir des partenariats
Initier et formaliser des partenariats avec :
- InfoHandicap / Mosaik / Aspro au Luxembourg
- Des associations de bénéficiaires (voir Boite à outils).
- D’autres lieux culturels du territoire qui ont mené des actions inclusives…
S’inscrire aussi dans des réseaux locaux et transfrontaliers (au Luxembourg : Mosaïk, ou sur le territoire transfrontalier comme Yo ! Les yeux et les Oreilles)
Coconstruire des projets (et pas juste faire appel aux partenaires pour « diffuser » l’offre).
Orienter la programmation pour...
Inclure des artistes en situation de handicap : il existe beaucoup de compagnies professionnelles qui font du travail de qualité et qui incluent des artistes en situation de handicap.
Au Luxembourg, voir par exemple le travail de ASPRO dans le secteur des arts vivants. En France, voir par exemple Mission Handicap Spectacle.
Intégrer des œuvres accessibles. Sur CooProg, vous pouvez d’ailleurs sélectionner des œuvres actuellement en tournée, en fonction de critères d’accessibilité.
Encourager des formats hybrides / accessibles à tous publics dès la création.
Vous renseigner en amont sur les possibles obstacles que peuvent rencontrer les publics devant certaines oeuvres.
Vous pouvez par exemple envoyer un questionnaire aux artistes en amont, leur permettant de signaler par exemple des bruits forts, des lumières agressives, etc. (Voir Boite à outil pour un exemple de questionnaires).
Se renseigner sur les normes à respecter
Il existe des règles à connaitre concernant l’accessibilité. Vous pouvez déjà les explorer par vous-même.
Au Luxembourg…
- La Loi du 7 janvier 2022 portant sur l’accessibilité à tous des lieux ouverts au public, des voies publiques et des bâtiments d’habitation collectifs
- Ainsi que les règles pour construire et les règles pour obtenir le certificat
- Une synthèse des bases légales de l’accessibilité au Luxembourg est disponible ici.
En France :
- la Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »
- et ici, les bases de l’accessibilité des Établissements Recevant du Public (ERP)
Connaitre son niveau d’accessibilité
Au Luxembourg, la loi fait la différence entre les bâtiments existants et les nouveaux bâtiments (ayant une autorisation de bâtir obtenue après juillet 2023). Elle laisse ainsi un délai aux « bâtiments existants » pour se mettre en conformité (1er février 2032).
Certains lieux ouverts au public (LOP) considèrent donc qu’ils ont du temps… Il n’y a pas de « niveau d’accessibilité » : il s’agit d’être conforme à la réglementation ou pas. Mais des dérogations peuvent être demandées quand l’accessibilité coûte trop cher ou n’est techniquement pas possible (mais il faut le démontrer pour que la dérogation soit validée).
En France, il y a plusieurs cas de figure :
- L’accessibilité de votre ERP (Établissement Recevant du Public) est déclarée avec ou sans dérogation (accessibilité totale ou partielle). Cette information est vérifiable sur l’attestation d’accessibilité de votre ERP. Note concernant les ERP5 : cette attestation est une déclaration sur l’honneur par le propriétaire ou l’exploitant (aucun professionnel n’est légalement requis – formulaire Cerfa n°15797*01), il convient donc de s’assurer que la personne en charge de cette déclaration ait bien les compétences pour attester de la réelle conformité aux règles d’accessibilité.
- Votre ERP est en cours de réalisation de travaux d’accessibilité dans le cadre d’un Ad’AP en cours (Agenda d’Accessibilité Programmé). Cette information est vérifiable dans votre Ad’AP.
- Toute autre situation (absence d’attestation d’accessibilité ou absence d’Ad’AP en cours) serait un état constat de non-conformité du bâtiment.
Outre la règlementation, il existe des labels d’accessibilité (label Tourisme et Handicap ou EureWelcome par exemple). C’est un plus, mais cela ne remplace ni se substitue à une attestation d’accessibilité relative au respect de la règlementation.
Intégrer l’accessibilité dans tous les travaux d’aménagement
Si des travaux sont nécessaires pour rendre accessible votre établissement, mais également dans le cadre de tous nouveaux travaux d’aménagement, il convient de respecter à minima la règlementation, et au mieux d’intégrer des solutions pour améliorer le confort d’usage des visiteurs et des travailleurs.
Côté Luxembourg, n’hésitez pas à vous faire aider…
- architectes et ingénieurs-conseils (OAI) compétents en matière d’accessibilité universelle. Voir par exemple Accessibilité infrastructure ;
- ADAPTH (Centre de compétence national pour l’accessibilité des bâtiments), qui réalise des audits, analyses de plans, conseils techniques et formations en accessibilité ;
- Info-Handicap, qui accompagne les personnes, les employeurs et les organisations sur les questions de handicap, d’inclusion et d’accessibilité ;
- ADEM – Service Handicap et Reclassement Professionnel (SHRP) pour les aménagements liés au maintien dans l’emploi et aux adaptations du poste de travail des salariés handicapés reconnus.
Côté France, idem :
- en théorie les architectes et maitres d’œuvre ont la compétence. Sinon, il existe des bureaux d’étude spécialisés (n’hésitez pas à partager ceux que vous connaissez dans les retours d’expérience). Il est aussi possible de faire appel à un bureau de contrôle.
Travailler la conception universelle et l’accessibilité
Ne pas appliquer simplement les exigences légales, mais intégrer le principe de la « qualité d’usage ». Dans ce sens, le lieu doit être utilisable par tou⋅tes, si possible sans adaptation et de la façon la plus inclusive possible.
Pour cela, on peut différencier deux notions :
- la conception universelle ;
- l’accessibilité aux personnes à besoins spécifiques.
(voir Définitions dans la Boite à outils).
Penser un parcours inclusif, pour tou⋅tes
Concevoir le parcours utilisateur⋅rice dans sa globalité (transport, arrivée, entrée, circulation, sortie) et supprimant les ruptures d’accessibilité.
Anticiper les usages réels (et pas seulement les normes) en faisant des tests utilisateur⋅rices. Vous pouvez par exemple solliciter les publics de la diversité capacitaire au sein de votre structure – en pensant à les dédommager pour leur temps de travail et leur expertise.
Travailler avec la communication sur la signalétique inclusive (voir la partie COMMUNICATION de cette fiche) : signalétique directionnelle et de localisation, mais également signalétique d’urgence (vous pouvez par exemple utiliser gratuitement les pictogrammes réalisés par la Bibliothèque de Rennes). Il est intéressant de faire tester la signalétique, en particulier à des primo visiteur⋅ses (qui ne sont jamais venu⋅es avant).
De façon régulière (tous les jours à l’ouverture pour les éléments structurants ou au minimum tous les mois pour des éléments moins sollicités), vérifier le bon fonctionnement des équipements (sonnette d’appel, réglage des grooms de porte, dispositifs techniques, ascenseurs mais aussi éclairage, niveaux sonores, …).
S’assurer que les formations relatives à la sécurité intègrent systématiquement les procédures adaptées pour l’aide à l’évacuation du personnel et du public handicapés (surdité, personnes à mobilité réduire, cécité, trouble du comportement, etc.).
Aménager les espaces
Prévoir des espaces de circulation larges.
Éviter les espaces sombres et les espaces avec beaucoup de sollicitations sensorielles (flashs lumineux, acoustique, …).
Permettre la gestion des ambiances sensorielles (bruits, éclairages) par des technologies dimmables (dont l’intensité peut être réglée progressivement, généralement via un variateur).
Prévoir des assises tout au long du parcours en variant les zones de repos (hauteurs, confort, avec ou sans accoudoir…).
Prévoir des zones calmes / refuges.
Créer des parcours scénographiques
Intégrer systématiquement la question de l’inclusion dans les cahiers des charges de maitrise d’œuvre et de travaux. Pour cela, un cahier des charges accessibilité peut être réalisé et systématiquement joint en annexe de contrats (exemple : celui que Universcience a rédigé).
Travailler avec les équipes chargées du parcours (muséographes et scénographes), une circulation commune à tous les publics pour éviter les détours complexes (ne pas proposer un « parcours parallèle »), avec un point de vigilance sur les circulations verticales.
En effet, s’il est facile de séparer des flux en bas d’un escalier pour diriger vers l’ascenseur, il faut ensuite que le public se retrouve à la sortie de l’ascenseur et de l’escalier, et ne se retrouve pas à contresens du flux ordinaire.
Pour vos événements
Si votre établissement accueille des événements mais n’en est pas le producteur, il est nécessaire de partager les informations opérationnelles avec l’ensemble des prestataires.
Il s’agit d’informer sur les conditions et les capacités d’accueil de public à mobilité réduite, mais également sur les possibilités qu’offre votre lieu (par exemples : présence d’une boucle à induction magnétique, salle et matériel d’audiodescription, etc.). Ces informations peuvent être compilées dans une guide d’accessibilité structuré.
L’accueil est un point central de l’inclusion parce que c’est là que se jouent souvent le premier contact avec votre structure et qu’émerge (ou non) le sentiment de confiance et de confort des publics. Il constitue aussi un maillon clé dans la chaîne d’accessibilité globale, en faisant le lien entre les aménagements du lieu, les dispositifs proposés et les besoins des publics.
Se former et faire former à l’accueil des publics
Suivre une formation concernant l’accueil des publics en situation de handicap
(voir par exemple Infohandicap au Luxembourg, ou en France : Action Handicap France, Accessitour ou l’UNAPEI (pour des formations spécifique à la déficience intellectuelle), Signes de sens, Atipy et Culture Accessible…).
Apprendre à guider une personne déficiente visuelle. Connaitre les grands principes de la communication non verbale, de la langue des signes, etc.
Vous pouvez afficher des conseils aux personnes amenées à accueillir les publics (voir le Mémo accueil eLo dans la Boite à outils ou la plaquette Bien accueillir de la DMA).
Préparer les personnes de l’accueil à une interaction non stigmatisante, non validiste et à un accompagnement sans infantilisation (voir Boite à DD, le Mémo accueil eLo).
Bien connaitre son établissement, ses offres et services adaptés
Connaître précisément votre structure permet de mieux renseigner, orienter et accompagner les publics. Il est important d’être en mesure de répondre aux questions sur l’accessibilité du lieu.
Un recueil de l’accessibilité peut être rédigé et mis à disposition des agent⋅es d’accueil et du service réservation. Ce recueil peut être consultable à tout moment par ces agent⋅es en contact avec le public, et régulièrement actualisé. Il est important de nommer un⋅e responsable de ce recueil en termes de contenus, de mise à jour et de diffusion.
Ce recueil, facile et rapide à consulter dans sa forme, permettra aux agent⋅es, y compris saisonniers, de répondre aux sollicitations des usagers sur le champs, in situ à l’accueil ou par téléphone) :
- Savoir comment venir, à pied ou en fauteuil.
- Dans l’établissement, être capable d’indiquer les distances et difficultés d’un cheminement (marche isolée, escalier, longue distance, pente forte) et de proposer un itinéraire pour une personne malmarchante ou en fauteuil roulant.
- Permettre de signaler les zones sensibles : sons forts, lumières vives, ou au contraire faible luminosité… ou des éléments de scénographies spécifiques (stroboscopes, bruits forts…).
- Pouvoir indiquer les équipements accessibles (ascenseurs, toilettes, places réservées, etc.).
- Bien connaître les dispositifs disponibles et savoir à quels publics ils peuvent convenir : boucles magnétiques, supports écrits ou visuels, langue des signe, support en FALC ou en braille… Être capable de les utiliser et de dépanner les personnes qui les utilisent. Connaître les conditions d’utilisation (est-ce prêté ou donné ? Sur présentation d’un justificatif ou sur simple demande, etc.).
Une information (à minima annuelle) auprès de l’ensemble des agent⋅es d’accueil permettra d’informer des nouveautés (travaux d’accessibilité réalisés dans le bâtiment ou en voirie, nouvelle offre adaptée, information sur un nouveau partenariat, etc.).
Ce moment d’information sera également un moment d’échange, pour faire part des retours d’expérience terrain : ce qui fonctionne bien, les difficultés rencontrées, etc. Au-delà de la montée en compétence de chacun⋅e, cet échange permet aussi aux agent⋅es de se sentir moins seul⋅e face aux difficultés sur le terrain.
Être ambassadeur⋅rices des remontées des usager⋅ères
De façon régulière transmettre les retours et besoins observés par les usager⋅es. Il est important de consigner et de laisser une trace de ces observations, qu’elles soient positives ou négatives.
Pour cela, un cahier de liaison peut être mis en place, avec un process pour s’assurer que ces retours soient connus et traités par les services concernés : communication, bâtiment, relation aux publics, etc.
L’exposition est souvent dissociée du cadre bâti. Pourtant, ce qui s’applique au bâtiment s’applique également aux aménagement scénographique. Il conviendra donc de lire également le chapitre relatif au poste de responsable du bâtiment.
Penser une ambiance accessible et confortable dès sa conception
Mettre à disposition des espaces d’assises régulièrement dans le circuit de visite (surtout pour les espaces à visiter – musées, galeries, sites…).
Certaines de ces assises devront être équipées de dossier et accoudoirs pour augmenter le confort pour les personnes les plus fatigables. Ces assises devraient de vraies zones de repos, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas associées à un média (jeu ou film).
Éloigner les stimulations sensorielles fortes (lumière, sons, films, ..) de la circulation principale, pour que les visiteur⋅ses ne les subissent pas sans avoir le choix (lire à ce sujet un article de Atipy sur la scénographie douce).
Varier les médias pour permettre à chacun⋅e de trouver le support qui lui convient le mieux.
Prévoir plusieurs niveaux de lecture et d’appropriation des contenus, en prenant en compte les dimensions cognitives, sensorielles et psychiques : texte à lire ou à écouter, images à regarder, maquettes et manipulations à toucher ou à sentir, dispositifs numériques accessibles (avec audiodescription, interface tactile, versions traduites en langues des signes, …)
Éviter globalement les dispositifs qui isolent systématiquement les publics
: la conception universelle tend à penser à des outils qui peuvent être saisi par tout le monde. Intégrer les enjeux d’inclusion dès la conception des médias : systématiser le sous-titrage des dispositifs sonorisés, écrire en gros caractères et de couleurs contrastées, hiérarchiser l’information, …
Concevoir ou acheter des dispositifs de médiation inclusifs
Il est important d’intégrer l’accessibilité dès la conception des dispositifs de médiation, et non comme une adaptation a posteriori après que les travaux sont terminés (comme une « cerise sur le gâteau » !).
Il existe toute sorte d’outils de médiation accessibles : audiodescription, supports multisensoriels, Sensory tool bag et casques anti-bruit, Audio/visioguide, Livret de visite en FALC, Scénarios d’usage (un outil pour indiquer pas à pas le parcours menant à la salle de spectacle / au musée et illustré en images), Plans… Toutefois, l’accessibilité n’est pas une case à cocher : faire l’acquisition d’un dispositif accessible ne rend pas votre structure accessible.
Avant d’ajouter un dispositif, il faut d’abord savoir s’il y a un besoin. Par exemple, si l’exposition est très grande et varie des espaces sombres, des espaces bruyants et des thématiques anxiogènes, il sera nécessaire de produire un plan des zones de l’exposition. À l’inverse, si l’exposition est de petite taille dans une seule pièce et dans une atmosphère calme, ce plan ne sera pas utile.
Si vous achetez un dispositif inclusif tout prêt (gilet vibrant, BIM …), vous pouvez contacter d’abord des institutions qui l’ont déjà expérimenté dans votre territoire ou au-delà, afin de pouvoir évaluer si ce dispositif tient bien ses promesses. Vous pouvez aussi chercher si des études scientifiques ont été produites sur le sujet sur Internet.
Par exemple, les vibrations dans le dos ne sont pas forcément le mode privilégié d’expérience de la musique des personnes sourdes ou malentendantes.
Autre exemples : moins de 20% des personnes malentendantes appareillées utilisent la BIM (boucle à induction magnétique), mais plusieurs centaines de milliers d’ERP en sont équipés. Et puis, seuls 15% des aveugles lisent le braille.
C’est donc un choix de médiation que vous souhaitez ou non proposer, en toute connaissance des possibilités et des limites de ce dispositif.
Il est important d’avoir aussi le retour des utilisateur⋅rices eux/elles-mêmes. Cependant, il ne faut pas faire une généralité de l’avis d’une seule personne : il est intéressant de constituer des groupes d’usager⋅ères-testeur⋅ses, en mêlant les capacités, et en faisant dialoguer ces usager⋅ères. Cela permet d’obtenir des retours plus nuancés et moins catégoriques sur leur propre expérience individuelle.
Dans tous les cas, ces retours d’expérience et avis sont consultatifs, car les personnes en situation de handicap sont des usager⋅ères et non des professionnel⋅les de l’accessibilité. Pendant des séances de tests, iels n’ont pas toujours la vision globale de votre offre, et ne connaissent pas toujours vos contraintes (techniques, financières, esthétiques, environnementales, ..). C’est à vous que reviennent les arbitrages.
Éviter d’arbitrer l’accessibilité par le prisme de la rentabilité. Si la conception universelle s’adresse au plus grand nombre, l’accessibilité concerne peu de visiteur⋅euses. En France on parle de 100.000 locuteur⋅rices en LSF et de 15.000 braillistes. Le choix d’un dispositif est donc un acte d’ouverture vers un public-niche. Il ne faudra pas considérer un faible usage comme un échec, et dans tous les cas, il faudra sans cesse communiquer et recommencer à communiquer pour toucher ces publics éparses.
Une spécificité au Luxembourg et à la frontière
Au Luxembourg ou à la frontière, ne surtout pas oublier la langue allemande, qui est par exemple la langue d’alphabétisation des personnes Sourdes ou des personnes en situation de handicap mental (alors que d’autres communautés sont plutôt francophones !). Prévoir un dispositif de médiation inclusif, mais uniquement des indications en français pour l’utiliser n’est par exemple pas satisfaisant. Ainsi, la langue des signes utilisée au Luxembourg est la langue des signes…. allemande !
La participation des personnes handicapées dans la réalisation
Pour la conception de supports, travailler de préférence avec les publics cibles et respecter les conventions suivantes…
Pour la rédaction de livret en FALC (Facile A Lire et à Comprendre), privilégier la rédaction par des ESAT (établissements et services d’accompagnement par le travail) intégrant la compétence « rédaction de documents en FALC ».
Sinon, rédiger en FALC ou faire rédiger en FALC par un⋅e professionnel⋅le, puis faire relire le document par des personnes en situation de handicap (étape obligatoire pour prétendre à la dénomination européenne FALC). Attention, la relecture peut parfois prendre du temps : il faut communiquer avec ces organismes dès le début du projet et prévoir avec eux cette relecture (bien avant, donc, que le document ne soit rédigé) !
Le braille doit être conforme à la norme en vigueur tant dans son écriture (par exemple le CBFU pour le francophone) que dans sa réalisation (norme AFNOR qui décrit les caractéristiques dimensionnelles). Puis son implantation doit être ergonomique si elle est in situ.
Le braille étant long à lire, individuel, et non partagé par l’ensemble des publics non-voyants (seul⋅es environ 15% des aveugles lisent le braille), la quantité de braille doit être adaptée à l’expérience de visite souhaitée.
Il n’y a pas d’obligation d’utiliser tel ou tel dispositif. Ce choix doit être évalué en fonction de l’expérience proposée.
Ainsi, il n’y pas besoin de braille pour écouter un⋅e chanteur⋅se. En revanche le chansigne peut être intéressant pour les publics sourds. Pour un spectacle de mime ou de clown, l’audiodescription sera indispensable, alors que la traduction en langue des signes sera peut-être superflu. À vous de co-construire, de manière réellement itérative et avec une adaptation réelle au terrain et aux gens, avec les usager⋅ères ce qui est vraiment important ! Il est important de ne pas négliger cette étape de réflexion : un dispositif n’est jamais la seule solution inclusive et peut venir complexifier inutilement une expérience de visite. Il peut également représenter un coût important. Vous pouvez voir dans la Boite à outil, les étapes du choix des dispositifs de médiation…
Les métiers des relations aux publics jouent un rôle central dans la mise en œuvre concrète de l’inclusion. Ils permettent d’inclure les besoins des publics dans les propositions artistiques, de créer des conditions d’accueil inclusives, et de construire des relations durables avec des publics diversifiés, notamment les personnes de la diversité capacitaire.
Se former et faire former
Se réserver des temps de lecture toutes les semaines, sur le sujet. Vous pouvez par exemple lire les ressources figurant en bas de cette page et ailleurs (comme le guide « Une culture accessible à toutes et tous »)
Repérer les acteur⋅rices du secteur (voir les ressources et les liens sur le site de eLo) et établir des partenariats solides en commençant par les rencontrer et par échanger sur vos envies et difficultés respectives.
Se faire accompagner
InfoHandicap et Mosaïk au Luxembourg peuvent vous accompagner (dans la mesure du possible). Les solliciter est un excellent premier pas.
L’équipe prépare aussi un label que vous pouvez essayer d’obtenir pour garantir l’inclusivité de votre événement / structure. C’est une occasion de se former et de faire savoir aux publics que l’institution fait des efforts. D’autres labels existent comme Eurewelcome au Luxembourg.
En France, on trouve des prestataires spécialisé⋅es en accessibilité culturelle, et notamment les relais locaux et les organismes évaluateurs de la marque Tourisme & Handicaps. Des organisations privées existent aussi : Accesens, Atelier-Culture, Culture accessible, Polymorphe Design, Signes de Sens, Souffleurs de sens, etc.
Penser toute la « chaine d’inclusivité »
Un ou des dispositifs d’aide à la visite ou d’accueil ne suffisent jamais à faire de votre institution une institution « inclusive ». Il est aussi important de penser à toute la « chaine d’inclusivité », c’est-à-dire à l’ensemble des étapes qui permettent aux personnes de la diversité capacitaire, de se renseigner, venir sur place, profiter de l’expérience, puis repartir (voir Boite à outils). Pour cela, il s’agit de coordonner l’ensemble des métiers et des acteur⋅rices de l’établissement…
Connaitre l’accessibilité et les difficultés des moyens d’accès à votre site (transports en commun, voirie, parking, …). Si nécessaire, travailler avec les sociétés de transports en commun pour envisager un arrêt de bus supplémentaire par exemple.
Ne pas oublier dans ce cas de travailler avec des acteur ⋅rices de votre territoire proche (entreprise, commerce, école, institution publique…) qui y auraient également un intérêt, pour mutualiser vos forces.
Préparer la venue des groupes en identifiant leurs besoins en amont, via par exemple des échanges avec les associations du monde médicosocial ou des échanges avec les personnes de la diversité capacitaire de votre territoire. Ajuster dans la mesure du possible, les dispositifs en fonction des réactions et des besoins des participant⋅es.
Travailler la COMMUNICATION : s’assurer que toutes les informations sur l’inclusion de l’institution figurent en ligne et de façon simple (voir la rubrique COMMUNICATION et la Boite à outils).
Travailler la signalétique : s’assurer que tout le monde a accès à une information en allemand et en français pour notre territoire, permettant de se repérer dans l’espace, avec des pictogrammes simples et adaptés à tou⋅tes (voir la pictothèque en accès libre de la Bibliothèque de Rennes).
Travailler avec les responsables du BÂTIMENT pour définir un espace de confort et de retrait (voire une salle de régulation sensorielle) pour les personnes neurodivergentes ou sensibles aux stimuli. Voir un exemple : ici !
Si la venue dans votre institution est physiquement difficile pour certaines personnes, travailler des visites hors les murs.
Ne pas hésiter à sensibiliser la DIRECTION à l’existence de programmations accessibles, qui parlent de la diversité capacitaire ou encore de programmations réalisées par ou avec des personnes issues de la diversité capacitaire.
Un exemple de chek-list de l’accessibilité pour vos événements est disponible ici
Concevoir des actions de médiation
Proposer une diversité de formats : visites adaptées (multisensorielles, en langue simple, traduites en langues des signes, audiodécrites), ateliers inclusifs, formats participatifs… L’utilisation de mallettes pédagogiques multisensorielles peut être un plus.
Adapter les rythmes, les durées et les modalités de participation en fonction de différents besoins (la chronobiologie des personnes concernées notamment).
Il est plus que recommandé de travailler ce point avec les bénéficiaires de votre territoire ou les bénéficiaires qui constituent déjà votre public et viennent en autonomie.
Prévoir des moments réservés pour des visites ou des séances dédiées, comprenant à la fois des créneaux à faible stimulation sensorielle (calme, avec une affluence et des stimuli réduits) et des créneaux favorisant une plus grande liberté d’expression corporelle. Communiquer évidemment largement sur leur existence en collaborant avec la COMMUNICATION.
Favoriser des temps et des formats permettant aussi la rencontre entre différents publics – pas seulement des temps « dédiés ».
Mettre en place des actions de sensibilisation aux situations de handicap pour les publics afin de favoriser une meilleure compréhension de la diversité capacitaire et encourager des attitudes respectueuses et inclusives.
Par exemple, mettre en place des ateliers immersif avec Infohandicap au Luxembourg, des expositions qui valorisent la diversité des corps, des rencontres avec des personnes concernées…
Penser aussi à prévenir le public quand une séance est adaptée, car le public ordinaire peut ne pas comprendre. Annoncer par exemple : « Cette séance est proposée en audiodescription. ».
L’offre tarifaire
Réfléchir à l’offre tarifaire pour la rendre la plus accessible possible et surtout, communiquer sur ces tarifs auprès des personnes qui pourraient en bénéficier… c’est-à-dire auprès de tous les publics, sachant que 80% des handicaps sont invisibles !
Penser à informer des associations, mais pas seulement : les personnes de la diversité capacitaire ne sont font pas toutes partie d’associations. Il faut inclure les informations relatives à l’accessibilité également dans le propos ordinaire. Il est important de préciser les conditions d’attribution des tarifs : faut-il un justificatif, et si oui, lequel ?
Si une billetterie est présente en ligne sur internet, le tarif devra figurer, ainsi que la possibilité d’acheter un billet à ce prix.
Les métiers de la communication jouent aussi un rôle central dans la mise en œuvre concrète de l’inclusion. Ils permettent de rendre visibles et lisibles les dispositifs inclusifs à l’extérieur de la structure et dans la structure – ce qui est une mission indispensable (disposer de langue des signes mais ne pas en parler a un effet très limité !).
Se former et faire former
Demander à suivre une formation sur la communication inclusive (Infohandicap, Klaro.lu…), sur le FALC et sur l’accessibilité numérique.
Il existe beaucoup de guides et vademecums dont vous pouvez vous inspirer (par exemple ici, un webinaire sur la communication claire. Voir aussi les ressources, en bas de cette page).
Profiter des retours des usager⋅ères collectés à l’accueil des publics pour faire évoluer vos actions de communication.
Sur place, s’assurer d’une signalétique inclusive
Si vous ne savez pas vraiment si la signalétique de votre structure est accessible, vous pouvez la tester avec des personnes de la diversité capacitaire ou avec des associations de bénéficiaires.
Vous repérerez alors tout d’un coup tous les endroits problématiques, où l’orientation est peu claire ou incertaine. Des associations de bénéficiaires peuvent peut-être vous aider. (Voir : Règlement grand-ducal du 8 février 2023 relatif à l’accessibilité à tous des lieux ouverts au public et des voies publiques portant application des articles 2, 3 et 5 de la loi du 7 janvier 2022 portant sur l’accessibilité à tous des lieux ouverts au public, des voies publiques et des bâtiments d’habitation collectifs.)
Vous pouvez ensuite déployer en interne (et évidemment, en collaboration avec la DIRECTION, la personne chargée du BÂTIMENT, l’ACCUEIL et les RELATIONS AUX PUBLICS), un concept de signalétique incluant des pictogrammes clairs et inclusifs (exemple pictothèque de Rennes).
Ces pictogrammes doivent être clairs (pas ambigus), cohérents dans tout le bâtiment, et lisibles (tailles et contrastes, avec des repères visuels forts). Ils doivent accompagner les personnes durant tout le parcours, sans négliger l’entrée dans le bâtiment et la sortie, jusqu’au retour au parking ou à l’arrêt de bus par exemple.
Vous pouvez travailler avec les RELATIONS AUX PUBLICS, sur l’élaboration d’un plan de la structure très clair et accessible pour localiser :
1) les mesures d’accessibilité physique : les places de parking réservées, les ascenseurs, les toilettes adaptées (et neutres éventuellement), les lieux où accéder à des sièges adaptés (ainsi que la façon dont on peut les réserver) et si elle existe, la salle de régulation sensorielle pour les personnes neurodivergentes ou sensibles aux stimuli ; 2) les espaces éventuels d’allaitement, de change pour les bébés ou les espaces spécifiquement destinés aux enfants ; 3) la tarification, y compris des accompagnateur⋅rices.
Rendre visible l’accessibilité de l’offre en amont de la visite
Travailler avec les personnes en charge de l’ACCUEIL et des RELATIONS AUX PUBLICS pour recenser tous les dispositifs ou événements accessibles et en faire le relais auprès des publics.
Pour toucher les publics de la diversité capacitaire, vous pouvez cibler :
- Les associations (en passant par exemple par le site de info handicap qui les référence ) : comme pour les médias, il est recommandé d’entretenir des relations privilégiées et de ne pas simplement « transmettre l’information ». Il convient de travailler à l’échelle locale, régionale et nationale. Il est important de renouveler l’information à minima tous les ans, pour que cela ne s’essouffle pas.
- Les institutions : écoles, institutions médico-sociales, ESAT (en France)… Ce sont en général des publics fidèles, avec qui il est possible de travailler sur du long terme et de la récurrence. Le choix des horaires, adaptés à ces visiteur⋅ses (semaine ou weekend, pendant ou hors période scolaire selon le type d’établissement), peut être étudié de concert afin d’être anticipé et de correspondre également aux horaires moins encombrés de l’établissement culturel.
- Les médias spécialisés sont également essentiel pour toucher ces publics. On note la presse spécialisée d’une part (en France : Handicapzero, handicap.fr, en Suisse : Pisourd, ou encore le guide Michelin des vacances accessibles, …), mais aussi les blogs et influenceurs (voir ici des influenceur⋅ses français⋅ses et les agences de voyages spécialisées (yoola, behandi, …)
- Enfin le public le plus difficile à toucher est le public individuel, qui n’est pas en institution et qui ne fréquente pas les associations (en particulier le public handicapé autonome). Ici on s’attachera à valoriser l’accessibilité de l’établissement dans l’ensemble de la communication grand public, par exemple par la mise en avant d’un label, par l’utilisation de photos où les personnes en situation de handicap sont représentées. Pour toucher ce public, les réseaux sociaux sont aussi devenus aujourd’hui des incontournables. Il faut parler accessibilité sur ces réseaux, mais aussi ne pas hésiter à inviter des influenceurs en situation de handicap.
Travailler avec le service RELATIONS AUX PUBLICS : s’assurer que toutes les informations sur l’accessibilité et l’inclusion de l’institution figurent en ligne et de façon simple (voir la rubrique COMMUNICATION et la Boite à outils)
Vérifier l’accessibilité des transports en cartographiant les trajets accessibles depuis la gare / les arrêts de bus, etc.. jusqu’au lieu.
Vous pouvez ensuite fournir des informations pratiques très claires incluant l’accessibilité du lieu (photos, plans, obstacles) et l’accès à des transports adaptés.
Dans vos communications, favoriser des représentations visuelles diversifiés et sans stéréotypes.
Ne pas oublier de rendre la communication elle-même accessible
On ne communique pas à une personne non-voyante avec une photo, et on ne communique pas à un public sourd à la radio ! Après avoir choisi son support de communication, il faut adapter le fond et la forme de ses messages.
Si vous ne savez pas vraiment si vos outils de communication sont accessibles, vous pouvez tester les principaux avec des personnes de la diversité capacitaire ou avec des associations de bénéficiaires.
Une rencontre de trente minutes peut suffire pour de premières pistes. Vous repérerez alors toutes les ambiguïtés ou les problèmes que vos outils peuvent poser.
Développer une communication inclusive, multilingue, facile à comprendre et valorisant les populations sous-représentées (notamment dans les visuels choisis).
Des interprètes peuvent vous aider à utiliser la langue facile. Utiliser surtout les pictogrammes faciles à comprendre par tou·tes.
Produire et utiliser des supports accessibles avec la communication en utilisant par exemple le FALC ou le langage clair, ou encore des supports audio, visuels et tactiles.
L’utilisation de l’Allemand est importante pour les personnes de la diversité capacitaire au Luxembourg.
Evaluer quantitativement
Évaluer quantitativement l’impact de travaux d’accessibilité sur le nombre de visiteur⋅ses est très complexe notamment parce que la réglementation interdit de collecter le statut de handicap à la billetterie.
On ne dispose donc généralement d’aucune donnée fiable sur le nombre de visiteurs concernés, ni avant ni après travaux. Pour évaluer quantitativement, seule la notion de tarification avec une billetterie adaptée peut servir d’indicateur. Mais elle ne comptera que les personnes qui rentrent dans le champ de cette tarification (détenteurs de cartes CMI uniquement par exemple), et qui auront fait la demande d’un tarif adapté (toutes les personnes handicapées ne se déclarent pas à l’accueil). Les aménagements profitent aussi aux familles avec poussettes, aux personnes âgées, aux visiteurs temporairement gênés (blessure, bagages). Un gain réel de fréquentation peut donc exister sans être attribuable spécifiquement à l’accessibilité handicap. L’impact réel sur la fréquentation est très lent. L’information circule lentement dans les réseaux spécialisés (associations, bouche-à-oreille, labels) : un aménagement peut mettre plusieurs années à générer une fréquentation visible, bien après la fin des travaux.
Une autre façon d’évaluer quantitativement est d’inclure la question des besoins en termes d’aménagement, dans vos questionnaires généraux.
Par exemple, on peut penser à la question : « Auriez-vous eu besoin d’un aménagement spécifique dans le musée (vous-même ou une personne de votre groupe), lié à… » (et plusieurs réponses possibles : un problème de motricité / mobilité ; un trouble de la vue ; un trouble de l’audition ; un trouble de l’attention ; autre ; ne me concerne pas). Cette approche permet de moins penser en termes de « handicap » en tant que catégorie médicale parfois stigmatisante et plus en termes d’inclusion pour tou⋅tes.
Plus généralement, sans passer par les publics, vous pouvez retenir des indicateurs factuels quantitatifs
comme :
- identification et nombre de dispositifs accessibles ;
- nombre de réservations (la réservation des groupes est facilement renseignées) ;
- nombre de prêts (mettre un place un comptage pour le prêt de matériel) ;
- nombre de billet tarifé « handicap ».
Évaluer qualitativement
L’évaluation quantitative étant complexe, les indicateurs utilisés en pratique sont plutôt qualitatifs ou indirects : retours d’associations partenaires, avis publics dédiés, obtention de labels, nombre de demandes reçues par le/la référent⋅e accessibilité, plutôt qu’une mesure directe de fréquentation.
Pour évaluer qualitativement, des questionnaires, entretiens et focus groups peuvent être réalisées, pour les actions les plus innovantes / importantes et / ou coûteuses (en budget et en temps), mais aussi pour la qualité de l’expérience globale des visiteurs. Cela permet d’ajuster un dispositif ponctuel ou un plan d’action global, dans une processus d’amélioration continu.
Vous pouvez collecter des retours utilisateur⋅rices
:
- Recueillir les retours des publics via des outils adaptés, comme des petits entretiens testés avec des associations de bénéficiaires ;
- Identifier les obstacles persistants mais aussi les points de réussite de vos principaux outils (on ne peut et on ne doit pas tout évaluer !) et ajuster les dispositifs en fonction des « trous » ;
- Documenter les pratiques et les résultats et partager avec le réseau.
Mais au lieu d’une approche évaluative du « handicap », vous pouvez aussi simplement penser à ouvrir des dispositifs d’enquête (entretiens, focus groups) à des personnes de la diversité capacitaire. La prise en compte de leurs retours par d’autres personnes (dites « valides ») peut aussi participer de la sensibilisation des publics.
Partager vos propres retours d’expérience en écrivant quelques résultats de vos expérimentations.
Vous pouvez le faire ici même, sur eLo ou directement auprès de votre réseau. L’accessibilité se jouant sur le long terme, plusieurs années, il est très important de garder des traces écrites de ce qui se fait. En effet, les acteur⋅rices à l’initiative d’un projet peuvent ne plus être là au moment où ce dispositif atteint son rythme de croisière, ou si un label vient récompenser cette action. Le carnet de liaison à l’accueil du public constitue l’une de ces traces. Le recueil des agent⋅es, régulièrement mis à jour, en est un autre. C’est à vous de trouver comment consigner cette donnée.
- Un webinaire en sur la communication accessible par Signes de Sens : c’est ici !
- Le site MusikInclusion de l’Université de Lille contient notamment le rapport d’étude sur les gilets vibrants mené à Esch et Lille, version intégrale et version courte
- Panorama du handicap en France – Fiches pratiques
- Le site Infohandicap au Luxembourg
- Le site du réseau Mosaik Kultur Inklusive au Luxembourg
- Spectacle vivant et handicap
- Cahier des charges accessibilité (Musées)
- Handicap et inclusivité : un état des lieux des initiatives culturelles en Île-de-France
- Culture et handicap. Guide pratique de l’accessibilité (2007)
- Guide pratique de l’accessibilité du spectacle vivant
- Équipements culturels et handicap mental (2010)
- Charte de la diversité Lëtzebuerg (IMS)
- Guide des bonnes pratiques de la neurodiversité en entreprise, IMS
- La prise en compte du handicap dans les musées à travers le monde
- L’incontournable Expositions et parcours de visite accessibles (2017)
- L’accessibilité des festivals
- et la check-list de l’accessibilité des festivals
des actions
"A faire"
Je personnalise mon PDF avec mon nom et mon logo (c'est facultatif) :
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Les pratiques inspirantes
- Le Festival le Cabaret vert a mis en place de nombreux dispositifs d’inclusion mais aussi un formulaire permettant aux personnes en situation de handicap, de signaler ses propres besoins.
- La Salle de Musiques Actuelles L’Aéronef à Lille fait un travail constant sur l’inclusion, notamment des personnes sourdes ou malentendantes. Elle a par exemple développé un programme avec des personnes concernées (Totem).
- La Ville de Lille a développé un Guide Facile à Lire et à Comprendre de ses lieux culturels.
La boîte à outils dde DD
Dans cette section, vous trouverez des documents réalisés ou sélectionnés par l’équipe de Elo pour vous accompagner dans les démarches décrites dans cette fiche. Si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à en parler dans la section partage d’expériences!